Voler, parcourir des milliers de kilomètres, traverser des mers, des océans, des continents, profiter des courants, des vents, voilà une bonne stratégie pour éviter le froid : fuir l’hiver. Cette technique appelée migration est utilisée par une partie des insectes en hiver. Les plus connus sont les papillons monarque ou les libellules globe-trotteuses, capables de parcourir des milliers de kilomètres sans s’arrêter. Ces majestueux insectes représentent pourtant un faible pourcentage des migrateurs, car la grande majorité appartient à l’ordre des diptères (certaines mouches, moucherons, syrphes…).
Ces insectes partent pour ne pas subir la baisse des températures qui leur seraient fatales, mais que deviennent les insectes qui ne partent pas ? En effet, seule une faible part des insectes effectue une migration (on l’estime à 5%), tous les autres restent sur place et doivent développer d’autres stratégies pour se confronter et survivre au froid extérieur. Mais si les insectes ne sont pas tous partis bronzer dans des pays plus chauds, comment expliquer leur absence ? Où sont passés les hôtes de nos jardins, de nos forêts, si présents, bourdonnant, voire exaspérants aux temps chauds ?
Voici quelques techniques que les insectes ont développées pour parvenir à passer la saison hivernale.
I. Petite pause cocooning
L’hiver arrive, et avec lui le soleil bas, les journées courtes et le froid. Une météo qui nous donne envie de lire un petit roman confortablement installés près du poêle, ou de regarder un film avec un bon chocolat chaud. À cette époque, certains grands mammifères hibernent au fond de leur grotte ou de leur tanière pour laisser passer le grand froid. Pour certains de nos petits insectes c’est presque la même stratégie qui est employée !
Les insectes ont un corps froid (dit ectotherme), ils ne produisent pas de chaleur et sont donc très influencés par la température extérieure. Lorsque celle-ci baisse, pour réussir à survivre certains insectes ralentissent leur mode de vie, leurs activités et même leur métabolisme. On dit qu’ils entrent en « diapause ». Pendant cette période, ils sont soit très ralentis soit immobiles, ils ne mangent presque plus, respirent peu, et ne se développent plus pour diminuer au maximum leurs dépenses d’énergie.
Être au ralenti c’est bien pour ne pas se fatiguer, mais il faut s’assurer d’être en sécurité et bien au chaud. Ces insectes, en hiver, recherchent donc des espaces confinés (sous des pierres, des feuilles mortes, des souches, sous la terre, etc.) pour se protéger des prédateurs et du froid extérieur. De la même manière que nous fermons avec attention les portes en hiver pour éviter le moindre courant d’air, les insectes recherchent les endroits les plus isolés possible. Une fois leur logement hivernal trouvé, ils ne bougeront plus pour tenter de subsister jusqu’à la saison prochaine. Bien à l’abri, ils ne sont pas embêtés par le froid glacial ou la neige. D’ailleurs contrairement à ce que l’on pourrait penser, la neige contribue à créer un habitat isolé. En recouvrant le sol, elle protège des intempéries et diminue les variations de température.
Mais tous les insectes ne prennent pas cette peine, certains petits malins préfèrent profiter directement de la chaleur de nos foyers plutôt que de se confronter à l’extérieur. Cette stratégie se nomme le synanthropisme, et est utilisée par différents insectes tout au long de l’année. Mais cette méthode n’est pas sans risque car les petites bêtes ne sont pas toujours très bien accueillies dans nos logis.
II. Mon fils, ma bataille
Bien que la diapause et le synanthropisme soient pratiqués par un bon nombre d’insectes, la majorité des espèces adopte une autre stratégie pour faire perdurer leurs gènes : la génération future.
Au printemps, les insectes adultes (dits imagos) s’accouplent et pondent leurs œufs afin d’assurer leur descendance. Une fois leur mission accomplie, ils continuent leur existence jusqu’aux premiers gels auxquels ils ne survivent pas. Il est donc normal une fois l’automne installé de ne plus pouvoir admirer tous les beaux insectes qui parcouraient nos jardins. Cependant, cela ne veut pas dire que tous les insectes ont disparu… Ce serait bien trop triste ! Ils sont simplement présents sous d’autres formes et moins visibles à nos yeux.
Avant d’être dans leur stade d’imago que nous connaissons bien (papillon, abeille, scarabée etc.), tous les insectes passent par différents stades de développement : œuf, larve et parfois chrysalide . Et c’est sous ces stades-là que la plupart des insectes passent l’hiver.
S’ils arrivent à survivre là où leurs parents ont échoué c’est que leur corps est plus résistant dans ces stades de développement, et qu’ils ont été placés bien au chaud et à l’abri.
Leurs abris peuvent se trouver en extérieur, comme les œufs de mantes religieuses (regroupé en formation nommée oothèque) présent dans des touffes d’herbes ou si nous élargissons à d’autres catégories que les insectes, les cocons d’araignée dans des coins de cabane ou entre des bûches entreposées.
Mais la plupart préfèrent cacher leur progéniture à l’abri sous la terre, c’est là où ils se développeront et passeront la majeure partie de leur vie. Jusqu’à sortir de terre le printemps suivant (ou bien plus tard), se reproduire, pondre, et mourir de froid à leur tour en confiant le destin et l’avenir de leur espèce à la génération suivante.
III. Des insectes plutôt originaux en hiver
Nous avons présenté les quatre principales techniques utilisées par les insectes pour passer la saison hivernale (migration, diapause, synanthropisme, survie par les juvéniles). Mais avec ses 1,3 millions d’espèces décrites, l’ordre des insectes est le plus diversifié du règne animal. Les comportements varient donc beaucoup selon les espèces et il y a de nombreuses exceptions et techniques secrètes pour survivre. Nous allons présenter quelques exemples d’insectes de l’ordre des hyménoptères qui ne font rien comme les autres.
La reine est morte, longue vie à la reine
Chez bon nombre d’insectes sociaux vivant en ruche (les hyménoptères) comme certains bourdons, guêpes ou frelons, on fait face à un mélange entre diapause et survie par les juvéniles. En effet, les ruches ne résistent pas aux premiers froids de l’hiver et les individus succombent. Seules les futures reines survivent, en se réfugiant dans un endroit isolé où elles entrent en diapause. Au début du printemps elles sortent de leur cachette pour fonder leurs propres colonies.
Bee active
L’abeille domestique (Apis Mellifera) a un statut particulier chez les insectes car elle n’est plus à l’état sauvage. En effet les ruches sont créées et entretenues par l’homme et il y a un apport de nourriture qui aide les insectes à passer l’hiver. Mais au-delà de cette différence, les abeilles optent pour l’action afin de survivre à la froide saison. Elles se réunissent par grappe, se collent les unes aux autres autour de la reine et contractent certains muscles du thorax. Ce mouvement permet de créer de la chaleur et garder une température de 20°C au centre de la ruche même lorsque l’extérieur atteint les -10°C. Les abeilles sont très organisées pour maintenir cette chaleur et changent souvent de position afin d’éviter que les individus sur les extrémités ne meurent de froid.
Regarde la fourmi ; paresseux ! Vois comment elle se conduit et tu deviendras sage
La fourmi fait exception chez les insectes sociaux de l’ordre des hyménoptères. Contrairement aux abeilles, guêpes, frelons ou bourdons, les fourmis parviennent à survivre à l’hiver en communauté dans leur fourmilière. Grâce à leur organisation sociale complexe et efficace, elles font des stocks de nourriture pour éviter de se trouver fort dépourvues quand la bise sera venue. Une fois ces réserves faites, elles se terrent au fond de la fourmilière et rentrent en diapause pour limiter leur consommation et dépense d’énergie. À cette période, la reine des fourmis cesse de pondre.
L’irréductible bourdon
Comme nous l’avons expliqué au début, tous les insectes sont ectothermes… Tous ? Non ! Car un irréductible insecte résiste encore et toujours au froid extérieur.
Le bourdon contrairement aux autres insectes a un métabolisme endotherme, ce qui veut dire qu’il produit sa propre chaleur. Il est donc moins influencé par la température extérieure. Pour ce faire, il contracte ses muscles thoraciques en faisant vibrer ses ailes. Ce mouvement lui permet de chauffer son corps au-delà de la température extérieure. Ses longs poils ont aussi un effet isolant et sa couleur noir capte et absorbe la chaleur. Grâce à ce métabolisme le bourdon à un cycle de vie différent des autres insectes. En effet, les ouvrières restent actives plus longtemps en automne et les reines commencent leur diapause plus tard et en sortent plus tôt.
Les insectes sont présents partout autour de nous. Ils sont là en été, bourdonnant dans nos oreilles, grimpant sur nos jambes ou dans nos piques-niques. Mais surtout partout où nous ne prenons pas le temps de les chercher. Sur chaque brin d’herbe, dans des souches, dans les arbres, sous la terre, au fond d’une mare. Ils se sont adaptés de différentes manières à tous les espaces qui nous entourent et sont des maillons essentiels du cycle du vivant. Alors heureusement qu’ils ne disparaissent pas tous à la froide saison. En hiver, les insectes sont simplement un peu plus loin sous terre, un peu plus calmes, un peu plus isolés. Ils se retirent pour survivre à la fraicheur de l’hiver et mieux revenir à la douce saison, accompagner le chant des oiseaux et l’éclosion des bourgeons.
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