Une étude sur la préservation des Courmettes

Pierre devant un chêne centenaire aux Courmettes

Je m’appelle Pierre, géographe spécialisé dans l’environnement et la gestion des milieux naturels. J’ai eu l’occasion de réaliser mon mémoire de fin d’études au Domaine des Courmettes, un site que beaucoup d’entre vous connaissent bien, perché au-dessus de Tourrettes-sur-Loup. Cette étude participe à mieux comprendre le terrain pour une meilleure préservation.

Comprendre l'évolution des paysages pour la préservation

Mon travail s’est concentré sur l’évolution des paysages du domaine, avec un focus particulier sur les forêts. En étudiant d’anciennes photographies aériennes (de 1950 à 2023), j’ai pu reconstituer les grandes étapes de transformation du site. Autrefois, le domaine était largement façonné par l’activité humaine : pâturages, cultures en terrasses, zones ouvertes entretenues par les troupeaux. Mais depuis les années 1950, avec l’abandon progressif de ces usages traditionnels, la nature a repris le dessus. Les espaces autrefois ouverts se sont peu à peu refermés, c’est-à-dire qu’ils ont été recolonisés par la végétation ligneuse, d’abord par des arbustes, puis par de jeunes forêts.

Aujourd’hui, la cartographie de l’occupation du sol que j’ai réalisée montre que près des deux tiers du domaine sont couverts par des forêts, majoritairement des chênaies vertes. Si cette recolonisation forestière peut sembler positive à première vue, elle pose un véritable enjeu écologique : la disparition progressive des milieux ouverts menace les espèces qui en dépendent. Le lézard ocellé, le plus grand lézard d’Europe, ou encore le papillon hermite, deux espèces suivies, trouvent de moins en moins d’habitats adaptés à leurs besoins.

Evolution des paysages aux Courmettes
Les bâtiments d’accueil du domaine se situent en bas à droite de l’image.
Cartographie du domaine des Courmettes, par Pierre Caignan

Une étude de terrain aux Courmettes

Pour mieux comprendre l’état actuel des forêts, j’ai mené un travail de terrain sur 36 placettes d’un hectare, réparties dans les différents types de peuplements (chêne vert, feuillus, conifères, mixtes). L’objectif était d’évaluer la qualité écologique de ces forêts à l’aide de l’IBP, un outil qui mesure le potentiel de biodiversité offert par un peuplement à partir de critères simples comme la diversité des essences, la présence de gros arbres, de bois mort ou d’arbres à cavités.

Les résultats montrent que la plupart des forêts des Courmettes sont encore jeunes et homogènes, avec peu d’éléments favorables à la biodiversité forestière. Les forêts feuillues se distinguent positivement par leur structure plus variée, alors que les forêts de chêne vert, très présentes sur le site, sont plus uniformes et donc moins accueillantes pour la faune spécialisée.

Les pistes d’actions

À partir de ces constats, deux grands axes d’action se dessinent pour les années à venir :

  1. Préserver et restaurer les milieux ouverts

Il est essentiel de préserver les milieux ouverts et semi-ouverts en stoppant leur transformation naturelle en forêt. Pour cela, plusieurs actions sont proposées : coordonner le pastoralisme avec le berger pour la conservation et utiliser le pâturage pour entretenir les zones prioritaires sans surpâturage, suivre régulièrement l’évolution écologique et surveiller les changements d’occupation du sol ainsi que la biodiversité au fil du temps.

  1. Favoriser la biodiversité au sein des forêts

L’autre enjeu majeur est d’accompagner le vieillissement naturel de certains peuplements pour permettre l’apparition d’arbres plus gros, de bois mort et de micro-habitats, essentiels à la faune forestière. Cela implique de laisser certaines zones en libre évolution, tout en protégeant les arbres remarquables et les rares îlots de vieux bois déjà présents.

Ce travail a aussi permis de mettre en lumière la vulnérabilité des zones ouvertes encore présentes sur le site. La gestion future devra donc chercher un équilibre entre forêts matures et espaces ouverts, deux composantes indispensables à la biodiversité des Courmettes.

Ce projet n’est qu’un premier pas vers un suivi régulier des écosystèmes forestiers du domaine. En répétant les relevés tous les 5 à 10 ans, on pourra mesurer concrètement comment la forêt évolue, comment les actions de gestion portent leurs fruits et comment préserver au mieux cet équilibre entre milieux ouverts et milieux fermés.

Nous avons besoin de votre soutien

Pour poursuivre ce travail et assurer la protection durable des milieux ouverts et des forêts des Courmettes, il sera essentiel d’intégrer ces observations et recommandations dans le prochain Plan Simple de Gestion (PSG) du domaine. Ce document, qui définit les grandes orientations de gestion forestière et écologique sur plusieurs années, sert de cadre officiel pour planifier les actions de conservation, les suivis sur le terrain et les interventions dans les forêts. Le PSG actuel arrivant à échéance en 2027, le moment est idéal pour approfondir ce travail afin qu’il puisse guider la rédaction du prochain plan et ne pas rester à l’état de simple document universitaire, mais avoir un impact concret sur la biodiversité du domaine. 

Avec votre soutien, ce plan pourra voir le jour et disposer des moyens nécessaires pour protéger efficacement la biodiversité, garantissant que les Courmettes restent un site vivant et riche en biodiversité.

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